Ce texte constitue l'introduction au premier volume de présentation des recherches scientifiques effectuées sur le programme de Méditation Transcendantale.

Ce volume, édité en langue anglaise, est principalement destiné aux spécialistes de la physiologie, de la psychologie et de la sociologie. Mais l'introduction s'adresse au public le plus vaste, l'auteur ayant voulu attirer l'attention de tous sur le retentissement important qu'a un tel ouvrage sur les orientations de la connaissance scientifique.

L'ouvrage intégral peut être consulté dans les centres de Méditation Transcendantale partout dans le monde. Il s'intitule

SCIENTIFIC RESEARCH ON THE
TRANSCENDENTAL MEDITATION PROGRAM,
COLLECTED PAPERS, VOLUME I

édité par le Dr David Orme-Johnson et le Dr John T. Farrow, préface de Maharishi Mahesh Yogi, MERU PRESS, R.F.A., 1976. Institut de Recherche MERU, (Université Européenne de Recherche Maharishi).

Les volumes II, III, IV, V et VI peuvent également y être consultés.

Si la découverte scientifique est de nos jours monnaie courante, l'histoire montre que les découvertes les plus significatives sont nées bien souvent de directions de recherche tout à fait inattendues, notamment à chaque fois que la science abordait un domaine nouveau de l'expérience humaine. Les quelque cent articles rassemblés en cet ouvrage (1) présagent un tel événement. Ils mettent en évidence la réalité d'un mécanisme mental qui, jusqu'à présent, est resté ignoré de la science. Cette découverte exceptionnelle est historique : elle marque le franchissement d'une des grandes frontières de la science moderne, et elle permet l'exploration systématique de toute l'étendue de l'esprit humain et de l'ensemble de ses potentialités.

Mais alors une question s'impose si depuis toujours l'homme utilise son système nerveux comme un outil qu'il connaît bien et jouit librement des modalités de l'esprit : comment l'esprit pourrait-il receler des potentialités réellement nouvelles et encore inconnues ?

En effet, il n'y a rien de nouveau : les recherches présentées dans cet ouvrage remontent à une tradition de connaissance émanant d'une culture très ancienne, vraisemblablement la plus ancienne de l'humanité. La théorie et la pratique de cette connaissance ne sont nouvelles que dans la forme de leur présentation, adaptée à un âge consacré à l'investigation méthodique et objective.

(1) Les notes sont à consulter à la toute fin du document.

 


Notre réflexion s'appuie sur l'étude des effets de la technique de Méditation Transcendantale (MT), dont l'introduction dans le monde entier, dès 1958, fut l'œuvre d'un érudit indien, Maharishi Mahesh Yogi.

Maharishi ne se présente pas comme l'inventeur de cette technique mais plutôt comme un rénovateur (2). Cependant, il est clair qu'il l'a en quelque sorte réinventée. Il l'a redécouverte et lui a restitué sa pureté et son efficacité originelles. Car il semble que cette connaissance, bien que chantée et glorifiée dans les recueils les plus anciens de l'expérience humaine, ait vraiment été perdue et dénaturée jusque dans sa terre d'origine.

Il faut aussi mentionner que, en moins de quinze ans, Maharishi a réussi à sortir la technique de MT de son statut limité de savoir ésotérique réservé à un petit cercle de privilégiés, pour la faire reconnaître de façon beaucoup plus universelle, au point de la voir intégrée dans les systèmes d'éducation de certains pays.

Ainsi la science est-elle en train de s'ouvrir à une nouvelle direction d'investigation fondamentale ; mais nous pouvons difficilement en mesurer aujourd'hui les conséquences ultimes.

Rappelons brièvement comment la technique de MT est apparue sous sa forme moderne ; c'est une passionnante histoire d'exploration et de découverte.

 

L'ORIGINE DE LA TECHNIQUE DE MEDITATION TRANSCENDANTALE

En Orient comme en Occident, au sein de presque toutes les cultures humaines suffisamment anciennes pour posséder une tradition philosophique, on trouve cette notion selon laquelle l'être humain est capable d'expérimenter des états de conscience "supérieurs". Ces états sont définis comme l'expérience du "tout", ou comme une expansion de la conscience associée à un contact plus profond avec la nature. On trouve également dans ces traditions des références à des procédés et pratiques permettant d'accéder à ces états. Dans l'esprit du public, ce type de connaissance est néanmoins fortement associé à l'Inde. Le terme "méditation" est un symbole familier mais vague du développement intérieur. Il évoque, d'une façon souvent imprécise, un moyen de pénétrer dans des sphères plus profondes de l'esprit en vue d'atteindre des états plus vastes de la conscience. On peut dire que, jusqu'en 1958, pour les Occidentaux comme pour beaucoup d'Indiens, ce qu'évoquait le mot "méditation" était pour le moins décourageant. On imaginait par exemple que :

1) la méditation impliquait une tentative de concentration ou de contrôle de l'esprit, et que sa pratique était extrêmement difficile : c'est à peine si l'on pouvait espérer y réussir, même après plusieurs années d'entraînement ;

2) la méditation ne convenait qu'à quelques individus sélectionnés, ayant un mode de vie bien déterminé, notamment les mystiques reclus, religieux et inactifs, vivant en marge de la société ;

3) la méditation avait des prétentions uniquement spirituelles ou religieuses : l'accession à un "état d'Illumination" était jugée comme une condition exotique, frôlant l'auto hypnose et n'ayant certainement aucun rapport avec les valeurs de la vie quotidienne ou du progrès social ;

4) aucun effet tangible et puissant ne pouvait être objectivement attribué à la méditation ; il ne semblait pas qu'on pût trouver aucun exemple contemporain, pas même chez les yogis, de progrès réel dû à la pratique de la méditation ;

5) la notion même d'expansion de la conscience relevait de la métaphysique, c'est-à-dire qu'elle échappait à toute définition précise, exigence fondamentale de toute recherche scientifique.

Bouleversant toutes ces idées reçues, Maharishi a donné une réalité nouvelle au concept de méditation, le présentant sous un angle inhabituel et avec une rigueur jusqu'alors absente. Les idées de Maharishi ont eu pour principal effet de modifier la compréhension du phénomène méditatif tant auprès d'un public averti que dans les milieux scientifiques. Cet ouvrage (3) en témoigne amplement. Il a été démontré que :

1) La technique de MT est facile à apprendre et à pratiquer. L'absence d'effort est la clé même de son efficacité. Toute personne, quel que soit son niveau culturel, peut l'apprendre et peut en expérimenter les bienfaits qui, dans la plupart des cas, sont ressentis immédiatement.

2) La technique de MT convient à tous ; elle repose sur une tendance intrinsèque au système nerveux humain. Par conséquent, il est normal que toute personne qui le désire ait la possibilité de l'apprendre et de l'utiliser, quels que soient son milieu socioculturel et son mode de vie.

3) L'apprentissage de la technique de MT ne requiert pas l'adhésion à un système philosophique particulier, pas plus qu'il n'interfère avec une croyance religieuse. Le développement personnel qui en résulte ne conduit ni à l'anormalité ni à la marginalité ; il mène au contraire au plein développement de ces facultés du corps, de l'esprit et des émotions que l'on apprécie d'ores et déjà dans la vie quotidienne. Le programme de Méditation Transcendantale permet de développer ces facultés normales jusqu'à leur optimum et d'accéder ainsi à un niveau d'épanouissement rarement atteint par la plupart des individus.

4) Le programme de Méditation Transcendantale est fiable et efficace. Enseigné suivant une procédure systématique et uniforme, il donne rapidement des résultats. Et tout cela peut être vérifié objectivement.

5) Enfin, et c'est là peut-être le point le plus important, grâce à ce programme de MT, le domaine de la conscience et de son développement peut être reconnu comme un sujet légitime de recherche scientifique rigoureuse.

Ce genre de revirement d'opinion est assez courant, à notre époque, lorsqu'il s'agit de la transformation d'un aspect particulier de la vie humaine soumis à une révolution technologique. Dans ce cas, la technologie concernée est non plus le fruit d'un laboratoire moderne, mais l'aboutissement d'une recherche des plus anciennes, dont l'objectif original est le développement du système nerveux et de toutes les possibilités inhérentes à sa nature, par la seule utilisation des capacités naturelles du corps et de l'esprit. Il y a plusieurs milliers d'années que ces programmes de recherche ont été élaborés et leurs résultats pratiques ont été synthétisés en quelques procédés simples, diffusés sous forme d'aphorismes ou d'instructions codifiées. Le système nerveux est un instrument excessivement délicat. Il peut fonctionner selon de multiples états internes et modes opératoires. La simple transmission d'instructions verbales est insuffisante pour préserver les aspects les plus subtils de la connaissance de son fonctionnement. La présence d'un professeur capable d'interpréter correctement ces instructions sur la base de sa propre expérience s'avère absolument nécessaire. On sait par expérience que pour utiliser une machine efficacement, l'interprétation des instructions d'un manuel, aussi complet soit-il, ne suffit pas : il faut aussi une démonstration concrète. Sans une telle démonstration, la description d'une technologie peut évidemment continuer à être utilisée mais son contenu véritable risque fort de se perdre ou de se dénaturer au point de tomber dans le registre de la superstition. La connaissance de la conscience est soumise à ces mêmes exigences. Et en l'absence de personnes suffisamment évoluées, capables d'interpréter convenablement les textes anciens qui décrivent les pratiques subtiles et délicates d'exploration et de développement de l'esprit, les procédés, en leur essence, deviennent rapidement l'objet de mésinterprétations et de distorsions grossières, et en arrivent à perdre toute réelle efficacité. Autrement dit, ils se dénaturent.

Telle est l'explication de Maharishi quant au destin de la technique originelle de méditation. Elle se serait perdue, non seulement une fois mais à maintes reprises au cours de l'histoire, laissant derrière elle des traditions écrites ou orales incapables de donner véritablement l'accès à la réalité de l'expérience personnelle directe, malgré la préservation de formulations relativement exactes. Cette situation peut être rectifiée et le sens originel retrouvé si, outre ces instructions, on dispose d'une démonstration concrète de leur utilisation. Par chance pour lui-même et pour nous, Maharishi a rencontré un homme vivant ce niveau exemplaire de réalisation.

La formation de Maharishi est des plus pures et des plus classiques dans la lignée de la tradition indienne. En Occident, les chercheurs scientifiques obéissent à l'usage de présenter un jeune docteur en référence à son maître de thèse : "Untel, étudiant du Dr Untel". La coutume est la même depuis des temps immémoriaux dans la tradition philosophique indienne. Ce point est d'autant plus important que selon ce type de tradition, la réussite ne repose pas sur les seuls mérites intellectuels d'un homme, mais surtout sur la qualité de sa vie intérieure. Maharishi fut l'étudiant le plus proche d'un professeur de grande renommée, un véritable saint contemporain. Il eut l'immense chance, alors qu'il était encore jeune, d'être accepté en tant qu'étudiant par Swami Brahmananda Saraswati. Bien que très peu connu en Occident, ce dernier a été largement reconnu comme le plus grand précepteur de la spiritualité pure de l'Inde moderne du Nord. Il a été vénéré pendant de nombreuses années par les philosophes indiens comme un exemple rare et parfait de ces sommets du développement intérieur que les Védas et les Upanishads de l'Inde ancienne louent comme un idéal à atteindre.

Swami Brahmananda Saraswati Swami Brahmananda Saraswati (affectueusement appelé "Guru Dev" par Maharishi) fut durant cette période (1941-1953) le Sankarâchârya de Jyotir Math. Ce titre correspond au rôle de leader spirituel de l'Inde du Nord et fut institué par Shankara, le grand philosophe de l'Inde classique. La pensée de Shankara prend elle-même ses racines dans la culture védique de l'Inde antique, dans une tradition qui s'est maintenue jusqu'à nous et que les érudits actuels reconnaissent comme sans équivalent dans notre monde moderne. La tradition de Shankara est considérée en Inde comme la détentrice officielle de cet ensemble de techniques et de pratiques qui constituent les aspects physiologique et expérimental de la philosophie védique, en particulier les techniques connues sous le nom générique de "méditations". A travers d'innombrables générations, cette tradition a préservé et protégé la formulation de ces techniques grâce à une transmission orale, de professeur à étudiant, et toujours d'après une sélection puis sous une surveillance des plus strictes.

L'éducation que Maharishi reçut dans cet environnement n'aborda aucun des éléments de connaissance du vingtième siècle ; elle aurait aussi bien pu être donnée deux mille ou dix mille ans plus tôt. Mais la situation particulière de Maharishi est cependant résolument moderne. Maharishi fut le disciple le plus intime, le plus dévoué et le plus zélé d'un professeur dont la qualité de l'esprit avait atteint un degré de perfection si rare que, même en Inde, on ne saurait rencontrer actuellement un tel niveau de développement. A son contact, Maharishi s'imprégna d'une valeur intemporelle, de cette subtilité et de cette infinité de la conscience qui permettent à un système nerveux d'expérimenter directement et systématiquement l'infinie richesse des états de conscience supérieurs (4). Maharishi apportait par ailleurs à son étude un esprit de recherche, d'expérimentation, de logique, de vérification et de créativité typiquement contemporains, en d'autres termes une attitude véritablement scientifique. La combinaison unique de ces qualités et de ces circonstances a été des plus profitables pour le monde de la science, car elle a permis de construire le pont manquant entre la plus ancienne et la plus nouvelle des traditions de la connaissance humaine.

Sous la tutelle de Guru Dev, l'expérience intérieure de Maharishi se développa rapidement car il était exceptionnellement doué. Il ne tarda pas cependant à remarquer des divergences entre sa propre expérience et les idées couramment admises sur la philosophie védique. Encouragé en cela par son maître, il entreprit une réévaluation systématique de l'enchevêtrement des énoncés obscurs et bien souvent contradictoires que l'on trouvait alors dans la culture indienne ; et il se mit en devoir de les comprendre à la lumière de cette expérience directe de la pure conscience qu'il savait être le fondement, le cœur même de la pensée védique. Durant cette période, Maharishi réussit à élaborer des clarifications si fondamentales sur la signification de la connaissance védique qu'on ne peut que les qualifier de "découvertes". Ce travail de recherche se poursuit, continuant d'apporter des découvertes fondamentales.

Comparant son expérience personnelle directe du but réel de la méditation avec la compréhension qui prévalait alors, Maharishi fit clairement apparaître que l'idée générale de méditation était totalement déformée par rapport aux procédés originels. Les techniques de concentration ou de contrôle de l'esprit, destinées à libérer l'esprit de tout contenu (que ces techniques soient pratiquées sans support sensoriel ou bien avec comme dans le cas de la concentration auditive ou visuelle), semblent avoir pour effet d'éloigner du but ultime celui qui les pratique plutôt que de l'en rapprocher. A chaque phase de son expérimentation, Maharishi suivit les directives données par son maître, à savoir que seuls la plus grande simplicité et le plus grand naturel permettent d'identifier la direction juste. On trouve un écho de cette foi profonde en la simplicité et en la générosité de la nature dans la pensée d'autres grands chercheurs, tel Einstein. En pratique, une forme de méditation efficace doit donc être un processus facile, automatique, et non une lutte constante reposant sur la concentration ou sur le contrôle de l'esprit. Partant de cette base, Maharishi put reconnaître très simplement ce qu'étaient les mécanismes du processus systématique originel, non pas par la seule étude des textes mais par un travail constant de référence à l'expérience personnelle de l'état de pure conscience, qui est l'objectif et la conclusion de la méditation.

Si nous insistons à ce point sur la primauté de l'expérience intérieure de Maharishi, c'est parce qu'une étude comparative de ses conférences et de ses écrits avec ceux d'autres philosophes contemporains, occidentaux ou orientaux, montre assez clairement à quel point l'expérience directe des valeurs transcendantales de la conscience est extrêmement rare par rapport à l'analyse intellectuelle que ces philosophes peuvent en faire.

Maharishi vérifia rapidement que cette procédure automatique et naturelle était celle qui donnait les effets désirés de la manière la plus directe. Cette procédure est devenue la technique de Méditation Transcendantale.

Ayant clarifié le fait que la concentration ou le contrôle de l'esprit sont une erreur d'interprétation et que seule la pratique d'une technique de méditation simple et sans effort peut se poursuivre spontanément, Maharishi entreprit d'expliquer les mécanismes de cette technique d'une façon à la fois cohérente en elle-même et fidèle aux sources védiques concernant la nature de l'esprit. L'insistance sur le côté naturel et simple de la technique fut dès le début l'élément caractéristique de la pensée de Maharishi, alors que tant d'autres expliquent qu'il est nécessaire de forcer l'esprit récalcitrant pour qu'il fasse l'expérience ineffable. En outre, et encore une fois dès le début, Maharishi mit l'accent sur la fiabilité et la facilité du processus, c'est-à-dire sur sa nature scientifique plutôt que sur un éventuel aspect mystique.

Voici un extrait d'une de ses conférences donnée en 1960 :

"Il existe de nombreux systèmes de ce que l'on appelle méditation, qui ont pour but de raffiner l'esprit en le contrôlant d'une façon ou d'une autre. Toutes ces tentatives sont laborieuses et difficiles. Loin de réaliser quoi que ce soit, elles ont plutôt tendance à inhiber l'épanouissement de la vie. A cause de la difficulté et de l'inefficacité de ces méthodes de contrôle de 1'esprit, on a fini par croire que le chemin qui mène à la pure conscience est difficile. Cette erreur provient de l'ignorance de la nature essentielle de l'esprit. Il existe une grande différence entre le fait de diriger l'esprit dans une direction particulière par le biais de la concentration et le fait de le diriger en le laissant suivre la pente naturelle de son affinité. Nous savons que la tendance naturelle de l'esprit est d'aller vers des domaines de plus grand bonheur. En amenant l'esprit à se tourner vers l'intérieur, nous l'orientons vers le domaine de la félicité, de la créativité et de la sagesse absolues. Notre système de méditation se trouve fondé sur ce principe, et par conséquent ne peut être difficile.

"Le processus est entièrement celui de l'expérience directe. Son évolution est précise et scientifique et sa validité peut être confrontée à chaque étape au test de l'expérience directe. La méditation est une activité qui satisfait par ailleurs la quête intellectuelle. Toutes les connaissances connexes à la méditation s'éclairent progressivement à mesure que l'on atteint les niveaux successifs d'expérience, jusqu'à vivre éventuellement le niveau ultime de l'expérience directe de l'état de l'Etre absolu. On peut dire, par analogie, que la méditation permet l'exploration de l'espace intérieur au sein duquel repose le joyau réel de la vie, dont la valeur scientifique et les promesses dépassent infiniment celles de toute exploration de l'espace extérieur." (5)

C'est donc à la lumière de ces découvertes que les textes anciens ont pu prendre une signification cohérente aux yeux de Maharishi. D'autres détails techniques commencèrent dès lors à s'agencer et à livrer leur secret. Par exemple, Maharishi comprit durant ses études qu'il existait à l'origine deux catégories distinctes de pratiques de méditation : celles destinées aux reclus, aux moines, et celles destinées aux personnes actives ayant des responsabilités familiales. Au fil du temps, les premières furent conservées dans des monastères tandis que les autres se perdirent, d'où cette impression générale selon laquelle la méditation mène à une vie de retraite. La technique de Méditation Transcendantale, telle qu'elle est enseignée dans le grand public, est conçue pour ceux qui mènent une vie active et responsable ; aussi fut-il pratiquement impossible de la trouver dans l'ensemble du monde pendant une longue période de durée indéterminée. Une fois qu'il eût acquis une vision claire des mécanismes de la technique de Méditation Transcendantale, Maharishi put interpréter de façon précise ce qui constitue le cœur même de la littérature védique. Celle-ci se réfère en effet constamment, de façon implicite ou explicite, à ces mécanismes, puisque par essence elle est l'histoire même de l'évolution de la conscience. Ainsi l'expérience éclairait d'une lumière nouvelle ces textes célèbres qui ont fait par ailleurs l'objet d'un grand nombre d'interprétations très diverses. On trouve un excellent exemple de cette interprétation dans la traduction et les commentaires, exceptionnellement clairs et logiques, que Maharishi a donnés de la Bhagavad Gîta (6) ; commentaires qui démontrent avec force détails que les références constantes de la Gîta à la nécessité d'un "retrait" font en réalité allusion aux mécanismes de la technique de Méditation Transcendantale en tant qu'expérience subjective, et non, comme beaucoup l'ont pensé, à quelque exigence de vie de réclusion. (7)

 

LA TECHNIQUE DE MEDITATION TRANSCENDANTALE

La technique de Méditation Transcendantale restaurée par Maharishi est remarquablement simple. Elle s'appuie sur l'activité de l'esprit, sur la pensée, mais d'une façon mécanique, abstraite et précise plutôt qu'intellectuelle ou réfléchie. C'est un procédé qui donne à l'expérience des mécanismes du processus de la pensée une direction nouvelle. Nous sommes habituellement conscients des pensées de manière immédiate et seulement lorsque celles-ci ont atteint une forme pleinement développée. Il doit cependant, de toute évidence, exister des niveaux antérieurs dans le développement de ces pensées. Est-il possible d'amener ces niveaux à l'esprit conscient ? Telle est l'essence du procédé de la méditation qui repose sur deux principes : le choix d'un type de pensée d'une part, et d'autre part une méthode pour faire l'expérience des stades de développement successifs de cette pensée. Notons que l'on ne parle pas ici de l'inconscient tel qu'on le conçoit habituellement en psychologie, mais plutôt des mécanismes réels du processus de la pensée.

Bien qu'en théorie il soit tout à fait possible de faire cette expérience à partir de n'importe quelle pensée, la pratique de la MT démontre qu'il est plus universellement approprié d'utiliser une pensée associée à un "son". Dans certains de ses premiers écrits, Maharishi en donne explicitement les raisons sur la base des mécanismes de l'expérience sensorielle subjective. Les neurophysiologistes peuvent y trouver des informations précieuses sur les relations existant entre les aires cérébrales sensorielles et les aires de la pensée associative.

Il existe par ailleurs un ensemble de sons, connu de la tradition des Sankarâchâryas depuis des siècles, qui ont la propriété de devenir de plus en plus euphoniques et agréables à mesure qu'on les perçoit à des niveaux plus subtils de leur développement. Ces sons sont appelés "mantras" en sanscrit. La tradition des Sankarâchâryas a préservé non seulement ces sons mais également un ensemble de règles et de formulations grâce auxquelles ils peuvent être attribués. Ces mantras sont choisis en vertu de leur capacité à résonner au mieux avec la structure d'un système nerveux particulier. Cette spécificité neurophysiologique est étayée par une théorie riche et fascinante sur les mantras et leur utilisation. Bien qu'il en ait exprimé le désir, Maharishi n'a jusqu'à présent publié aucun document qui rende compte de son interprétation de cette théorie (qui contiendrait sans doute des informations importantes pour l'avancement de la neurophysiologie). Maharishi insiste avant tout sur le fait qu'en utilisant ces mantras exactement comme cela est enseigné par la tradition dont est issu son maître, on est assuré d'une pratique juste et exacte et des bénéfices de son application, ce que garantit l'expérience accumulée au cours des siècles.

Pour pratiquer correctement la technique de Méditation Transcendantale, il suffit d'apprendre à utiliser correctement ce mantra, c'est-à-dire l'expérimenter en tant que pensée et en percevoir les différents stades de développement. Ce processus, bien que dénué de tout effort, est délicat, et la seule description écrite n'est pas suffisante pour en transmettre l'expérience. Ceci est d'autant plus vrai que les gens ont des expériences légèrement différentes dans les premières phases de l'apprentissage et que les instructions doivent être adaptées aux diverses réactions personnelles de sorte que le processus puisse se poursuivre facilement.

L'apprentissage ne peut se faire efficacement qu'avec l'aide d'un professeur qualifié. (Pour mieux comprendre ce point, on peut imaginer la difficulté qu'on aurait à apprendre à rêver à quelqu'un qui n'aurait jamais expérimenté l'état de rêve en lui faisant uniquement une description écrite.) Ce qui est remarquable, c'est qu'il soit possible de transmettre l'expérience d'un quatrième état de conscience (la pure conscience ou conscience transcendantale), et non qu'on ne puisse le faire au moyen d'instructions écrites.

Cette nécessité d'une instruction personnelle pour apprendre correctement la technique de Méditation Transcendantale conditionne évidemment sa diffusion dans le public, mais elle est également une garantie de sécurité et de réussite de l'apprentissage. A l'heure actuelle, les candidats au professorat suivent une formation alternée de plus d'un an à temps plein (six à huit mois en résidence et six mois au minimum sur le terrain). Cette formation couvre tous les aspects de la théorie et de la pratique nécessaires pour guider les nouveaux méditants et permet ensuite d'enseigner la technique de Méditation Transcendantale au grand public.

Pour pratiquer la technique de MT, on s'asseoit confortablement, les yeux fermés, et on commence le processus de raffinement de la pensée de la façon précise et naturelle qui a été enseignée au cours de l'instruction, en utilisant le mantra comme médiateur. Subjectivement, les méditants ressentent en général tout de suite une certaine tranquillité ou relaxation corporelle, ainsi qu'une diminution de l'activité mentale. Bien souvent on ne sent plus son corps, bien que la conscience reste pleinement éveillée et soit même vécue comme "plus vaste" ou "plus claire". Par moments, pendant la méditation, l'activité mentale peut cesser complètement sur des intervalles de temps plus ou moins longs ; l'esprit expérimente alors la conscience pure, un état d'éveil dénué de tout contenu. Cet état est difficile à imaginer ou à décrire précisément, car il constitue un quatrième état de conscience et donc un nouveau mode de fonctionnement. Il est appelé "état de pure conscience". C'est parce que cette technique permet à l'esprit d'aller au-delà des niveaux successifs du processus de la pensée que Maharishi l'a qualifiée de "transcendantale". Selon les sujets, l'expérience est reposante, agréable, laissant une sensation particulière de fraîcheur, de vivacité, de force et de clarté d'esprit.

Maharishi a donc redécouvert et renouvelé une technique mentale simple, agréable, facile à pratiquer, qui donne d'excellents résultats dès les premières séances. Constatant par ailleurs que cette technique conduit facilement et directement à l'expérience de la "pure conscience", en s'appuyant sur la dynamique naturelle du processus de la pensée, il a eu la certitude qu'elle devait très exactement correspondre à ces pratiques auxquelles il est fait référence dans la littérature védique ancienne comme le chemin direct menant à cette expérience si précieuse pour la vie. Cette constatation détrompe tous ceux qui, de nos jours, pensent encore que pour arriver à la pure conscience ou samadhi par la méditation, il faut bien les efforts de toute une vie tant la tâche est ardue et laborieuse. On ne soulignera jamais assez l'importance de cette découverte qui transforme l'impossible en une réalité quotidienne. Cela fait penser à la découverte de l'effet de supraconductivité, inexplicable par les théories de la physique classique qui se limitent à la compréhension des niveaux de surface de la matière, et qui devient tout à fait intelligible avec les théories de la physique quantique en tant que mouvement continu des électrons sans aucune friction (mouvement perpétuel). (8)

 

LE DEVELOPPEMENT DU PROGRAMME DE MEDITATION TRANSCENDANTALE

En 1958, cinq ans après la disparition de son maître bien-aimé, Maharishi retrouvait les principes d'une merveilleuse technologie perdue pendant longtemps, qui permettait le développement de la créativité et de l'intelligence. Cette technologie possédait de toute évidence une valeur inestimable pour l'humanité et présentait plus généralement des applications dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'économie. Maharishi ressentit alors fortement la nécessité d'offrir cette technique au monde entier. Voici ce qu'il déclara lors d'une conférence donnée en 1960, à Sankaracharya Nagar, Himalayas :

"Le monde vit dans un état de chaos permanent. Tous les jours la tension augmente, au niveau individuel, au niveau social, dans les affaires nationales et les relations internationales. Actuellement, le besoin le plus urgent pour est de rétablir l'harmonie et la paix à l'intérieur de soi. Ce n'est qu'à partir de la paix intérieure que la sagesse et le bonheur pourront exister sur Terre. Tout ce que nous appelons "connaissance" aujourd'hui, l'amoncellement continu d'informations, ne réussira jamais à satisfaire les besoins réels de l'humanité. Je vous apporte des Himalayas une méthode qui a le pouvoir d'élever à la fois le cœur et l'esprit de l'homme, qui le conduit à connaître et à apprécier pleinement les qualités de sa nature intérieure. Ma méthode s'appelle méditation. C'est une technique d'exploration de soi ; elle permet à l'homme de plonger dans les profondeurs intimes de son être, là où résident l'essence de la vie et la source de toute sagesse, de toute créativité et de tout bonheur. Le mot "méditation" n'est pas nouveau, pas plus que ne le sont les effets de la méditation. Mais la technique de méditation que je vous apporte a été perdue pendant des siècles. C'est pourquoi la souffrance est devenue universelle au point d'être ressentie partout comme faisant inévitablement partie de la vie."

Dans cette même ligne d'idée, Maharishi projeta donc d'utiliser la technique de Méditation Transcendantale non pas pour une petite élite isolée de disciples dévoués, mais plus ambitieusement pour l'ensemble de la population mondiale. De toute évidence, cette perspective nécessitait de former des instructeurs n'appartenant pas directement à la tradition des Sankarâchâryas à enseigner le programme de Méditation Transcendantale. On peut penser avec le recul que Maharishi a pris un risque considérable en s'engageant dans cette direction. Et ceci explique son souci, depuis le début du mouvement, d'utiliser des critères hautement standardisés, systématiques et uniformes, pour former des professeurs et leur apprendre les étapes successives par lesquelles ils peuvent à leur tour enseigner la technique de MT au public.

Depuis le début, Maharishi a précisé qu'il enseignait la pratique d'une technique mécanique, en ce sens qu'elle est fondée sur certains principes fondamentaux du fonctionnement de l'activité mentale et non sur l'acceptation d'une nouvelle philosophie ou d'un système de croyances. Ses conférences, écrites ou enregistrées, qui expliquent les bases théoriques du programme de Méditation Transcendantale et ses relations avec la structure de l'esprit, sont bien sûr disponibles dans la majorité des centres de MT. Mais ceux qui viennent apprendre la technique n'ont besoin d'accepter nulle autre chose que le simple procédé qui permet de la pratiquer correctement. Même le scepticisme sur la valeur de la technique ou sur la théorie n'est pas à décourager.

Ceux qui s'intéressent à l'originalité de la théorie du programme de MT constatent que Maharishi s'exprime dans un langage simple, utilisant des notions comme "la tendance naturelle de l'esprit à dépasser ses limites", "l'attraction spontanée de l'attention vers les domaines de plus grand bonheur associés aux niveaux plus subtils de la pensée", et l'expérience de "la source de la pensée obtenue grâce à la tendance naturelle de l'esprit plutôt que par un contrôle rigide et restrictif". Ces descriptions, qui sont simples, représentent cependant une vision complète, élaborée et très utile de la dynamique de la pensée telle qu'on peut l'expérimenter subjectivement. Maharishi a toujours déclaré qu'il considérait les principes dynamiques du fonctionnement de la conscience comme de simples lois de la nature. N'oubliant jamais de rendre hommage à la tradition védique qui est à l'origine de la science de la conscience, il a clairement stipulé que les lois décrites ne devaient pas être considérées comme appartenant plus spécialement aux Védas ou à l'Inde, tout comme l'électron n'appartient pas particulièrement à l'Angleterre où il fut découvert. Maharishi parle parfois des "applications" spirituelles ou religieuses du programme de MT, mais il aborde tout autant ses applications à la vie militaire, au monde des affaires ou au domaine de la santé. Il considère que cette technologie qui permet l'élargissement de la conscience s'appuie sur certaines lois universelles de la nature ayant un statut identique aux lois de la physique. Le programme de MT n'est certainement pas une religion, pas plus qu'il n'interfère avec une quelconque pratique, ou croyance religieuse.

Rétrospectivement, il est évident que tous ces aspects, ajoutés à l'efficacité naturelle et puissante de la technique, furent décisifs quant à l'acceptation de celle-ci par un large public et à la renommée dont elle bénéficie aujourd'hui.

Maharishi commença à former les premiers professeurs de MT en 1961, les candidats choisis venant de divers pays. A mesure que les professeurs accumulaient de l'expérience en enseignant auprès d'un large public de personnes ayant des styles de vie très différents et provenant de divers milieux sociaux, Maharishi élaborait et modifiait les détails du cours de base d'instruction à la MT, essayant toujours de le rendre plus simple, plus clair, plus concis et plus global, pour que chacun ait une expérience initiale correcte qui lui permette de poursuivre la pratique de façon autonome. Cette approche systématique et finement structurée ne semble avoir aucun équivalent dans les autres techniques appelées méditation ou dans toute autre méthode de développement personnel. Il semble que cela soit la clé du succès de l'ensemble du programme de MT.

Au début des années soixante, le cours d'instruction à la technique de MT fut normalisé sous sa forme actuelle : deux conférences, un entretien individuel, une séance d'instruction personnelle suivie de trois séances de vérification de la pratique. Le cours ainsi conçu comprend environ sept heures d'instruction, se déroulant sur six jours dont les quatre derniers doivent être impérativement consécutifs. Une fois que l'on a appris la technique, on la pratique vingt minutes environ, le matin et en fin d'après-midi. On n'est soumis à aucune exigence de mode de vie, de régime alimentaire ou de comportement. (9)

Étant donné le succès, le sérieux et la fiabilité de la procédure, le nombre de professeurs et de méditants s'est rapidement accru. A la fin de l'année 1975, plus de 10 000 professeurs, venant de presque tous les pays, avaient été formés ; et à leur tour ils avaient instruit plus d'un million de personnes à la technique de Méditation Transcendantale. Pour les seuls États-Unis, plus de 400 centres de MT avaient été créés. (10)

L'enseignement de la technique de MT, tel qu'il est donné par ces professeurs, est remarquablement systématique, précis et uniforme. Il est très probablement le programme éducatif le plus uniforme et le plus simple jamais offert à un public mondial (11). La technique de MT est enseignée exactement de la même façon du Pôle à l'Équateur. Pour réussir et assurer son efficacité, elle ne requiert aucune éducation préalable, pas même la capacité de savoir lire ou écrire. La capacité d'avoir des pensées, et par conséquent de faire un nouvel usage du mécanisme du processus de la pensée, est universelle. Le langage et l'approche utilisés par les professeurs du programme de MT sont à l'image de cette simplicité et de cette universalité.

 

LE PROGRAMME DE MEDITATION TRANSCENDANTALE ET LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Enseignée comme simple technique, en dehors de toute connotation religieuse et croyance métaphysique, la Méditation Transcendantale offre de toute évidence un terrain idéal pour la recherche scientifique, et ce d'autant plus qu'elle apporte de grands bienfaits et qu'elle est apprise de manière identique par des milliers de sujets. Dès les premières années de son activité d'enseignement, Maharishi a encouragé les scientifiques à étudier ce programme, car une validation objective lui semblait être une base nécessaire et intéressante pour une plus grande acceptation de la part du public. Le fait que la technique de MT soit enseignée de façon si systématique et uniforme, comme un nouveau modèle d'éducation (12), était l'élément le plus encourageant pour entreprendre une recherche scientifique.

Cependant, ce n'est qu'en 1968 que R. K. Wallace, alors étudiant diplômé du département de physiologie à l'Université de Californie de Los Angeles (UCLA), fit les premières recherches sérieuses sur les effets physiologiques de la technique de Méditation Transcendantale sur des personnes qui la pratiquaient régulièrement. Son travail fut l'objet de sa thèse de doctorat intitulée "The Physiological Effects of Transcendental Meditation : A Proposed Fourth Major State of Consciousness" (1970).

Dans cette étude, et dans des travaux ultérieurs, Wallace et ses collaborateurs découvrirent des effets précis, mesurables en termes de réduction du métabolisme, de modification de la chimie du sang, d'accroissement de la résistance de la peau et de changements significatifs dans l'activité électrique du cerveau enregistrée par électroencéphalogrammes. Ces résultats, reproduits dans les revues "Science" (13), "The American Journal of Physiology" (14), puis popularisés dans le "Scientific American" (15), attirèrent l'attention d'un grand nombre de scientifiques et furent suivis par quantités de travaux provenant d'autres laboratoires. Il est significatif de remarquer que déjà dans les premiers rapports publiés par Wallace et ses collaborateurs, l'interprétation de la phénoménologie de l'état induit par la technique de MT en tant que quatrième état de conscience majeur tend à vérifier les concepts théoriques avancés par Maharishi (16). Les premières recherches ont notamment confirmé son hypothèse selon laquelle cet état ne peut pas être considéré comme une sorte d'altération bizarre, imprimée de l'extérieur sur le système nerveux, mais qu'il doit être envisagé comme un état de conscience nouveau, aussi naturel que les états de veille, de rêve et de sommeil profond, bien que certainement plus fondamental.

Pour résumer, Maharishi a redécouvert la simplicité, l'efficacité et le naturel d'une technique de développement de la conscience qui semble correspondre à l'acception réelle et originelle du terme "méditation". Il l'a alors introduite dans le grand public, de façon à ce que le monde occidental, axé sur la technologie, puisse l'accepter facilement - initiative qui représente une étape sans précédent. Adaptée à tout style de vie, la technique de MT est enseignée de façon normalisée et précise par des professeurs qualifiés qui en ont acquis une certaine expérience. Cet ensemble de caractéristiques a permis aux physiologistes et aux psychologues de considérer la technique de MT comme une découverte scientifique. Ce simple fait constitue déjà une découverte capitale dont les ramifications et les aboutissants ont à peine commencé d'être explorés.

Il serait néanmoins limitatif de voir en Maharishi le simple promoteur d'une certaine technique de relaxation, naturelle, nouvelle ou remaniée, ayant un ensemble d'effets scientifiquement mesurables. On peut le considérer à juste titre comme un précurseur qui a modifié toute la vision et l'orientation de la recherche scientifique, obligeant celle-ci à reconnaître, dans son propre langage et avec ses propres méthodes, l'existence et la réalité d'un "nouvel état de conscience". Voilà la véritable découverte qui place la technique de Méditation Transcendantale au rang d'une application technologique réelle. Cette découverte représente assurément pour la recherche scientifique un développement d'une importance bien plus profonde et conséquente que toutes les autres découvertes scientifiques de ce siècle combinées ensemble. Le reste de cette introduction est consacré à ce thème.

 

LES RESULTATS DE LA RECHERCHE SUR LE PROGRAMME DE MEDITATION TRANSCENDANTALE

Les études faites sur le programme de Méditation Transcendantale touchent de nombreux domaines spécialisés : physiologie, biochimie, neurologie, psychologie, médecine et sociologie. Chacune de ces études mérite sans aucun doute d'être analysée de façon critique et explicitée dans des articles de portée générale. Mais tel n'est pas notre but ici. Nous voudrions plutôt faire part de la vision nouvelle qui, nous le croyons fermement, est en train de poindre à l'horizon ; nous voudrions ensuite former quelques hypothèses sur l'orientation que pourrait prendre dans un proche avenir la recherche sur le programme de MT.

Les résultats des premières études scientifiques peuvent être répartis en deux catégories : d'une part les mesures des changements qui surviennent dans la physiologie pendant la pratique de la méditation ; d'autre part les mesures physiologiques et sociologiques des effets qui persistent après la pratique et se cumulent éventuellement.

La pratique de la technique de MT produit un état qui se caractérise par une diminution significative du taux métabolique et de l'anxiété, mesurée biochimiquement et électrophysiologiquement. Ces caractéristiques s'avèrent être les composantes d'un état de repos exceptionnellement profond. Cependant, contrairement au sommeil, il s'accompagne du maintien de la vigilance. La coexistence inhabituelle de l'éveil et du repos est associée à un ensemble de changements électro-encéphalographiques, caractérisés par un accroissement de la cohérence des ondes cérébrales, une corrélation de phase inter et intra hémisphérique et une grande simplicité spectrale. En des termes plus familiers, c'est un état de calme et de cohérence extrêmes du système nerveux, associé à un éveil total de la conscience, et atteint par un processus naturel très simple. On peut remarquer la parfaite intégration de toutes les modifications physiologiques dues à la pratique. Il serait par conséquent incorrect de confondre l'état que produit la technique de MT avec celui obtenu par le biais de l'entraînement biofeedback alpha : l'accroissement du rythme alpha enregistré pendant la pratique de la technique de MT n'est en effet qu'un changement intégré à de nombreux autres.

Les études relatives à la deuxième catégorie de mesures décrivent l'ensemble des bénéfices qu'une pratique régulière permet de stabiliser. Elles mettent en évidence des changements significatifs au niveau du métabolisme, de l'homéostasie, de la résistance à la maladie ; une amélioration des performances athlétiques, intellectuelles, perceptives et motrices ; une diminution de l'anxiété ; un renforcement de la personnalité, de la créativité ; et même un apport dans le domaine de la réhabilitation des drogués et des prisonniers. Une telle influence, capable d'englober tant d'effets différents, doit certainement opérer à un niveau fondamental. Comment expliquer ce phénomène ?

On peut affirmer, sans craindre la contradiction, qu'aucune science humaine contemporaine ne possède de pratique ou de théorie suffisamment large et profonde pour agencer intellectuellement, ou disons plutôt simplement expliquer de façon plausible l'ensemble de ces résultats. La compréhension de ce nouveau phénomène nécessite un nouveau type d'approche.

 

COMMENT LA TECHNIQUE DE MEDITATION TRANSCENDANTALE DEVRAIT-ELLE ETRE COMPRISE ?

De cet ensemble de recherches il ressort que le programme de MT non seulement a un effet réel et mesurable, mais surtout qu'il favorise une direction bien précise de la croissance humaine, caractérisée par l'amélioration globale du fonctionnement mental, physiologique et émotionnel. Plus remarquable encore demeure le fait que ce développement holistique résulte de l'activation d'un niveau très fondamental de l'esprit et du corps, et ce au moyen d'un processus très simple utilisant la seule dynamique de la pensée. Tout ceci infère l'existence d'un élément fondamental jusqu'à présent ignoré et donc absent des diverses sciences humaines. Quel est cet élément et comment pouvons-nous définir la direction générale de la croissance qu'il induit ?

La seule théorie disponible qui soit assez englobante pour décrire de façon convaincante cet élément fondamental est à notre avis la description théorique de Maharishi intitulée "Science de l'Intelligence Créatrice" (17). Cette science donne une vision globale de l'intelligence créatrice, de sa source, de ses mécanismes, de sa finalité et de ses relations avec la physiologie. Fondée sur l'élément clé de la conscience, elle contient une conception très cohérente de la croissance holistique de l'homme. Pour la première fois nous disposons d'une vision claire, complète et satisfaisante de l'étendue de la conscience et de ses relations avec les lois de la nature. La Science de l'Intelligence Créatrice est une synthèse moderne et originale qui intègre trois axes de connaissance : l'expérience personnelle directe, les données des anciens voyants védiques et leurs visions intérieures du fonctionnement de l'esprit, et les lois de la nature telles qu'elles sont découvertes par les sciences modernes, depuis la physique jusqu'à la biologie.

Cette théorie intégrée n'est ni vague ni exclusivement philosophique. Elle décrit avec précision et logique les mécanismes de l'évolution de la conscience sous l'angle des expériences subjectives. En tant que telle, elle offre d'une part un cadre de référence pour la pensée scientifique, d'autre part un grand nombre de suggestions sur des hypothèses expérimentalement vérifiables, contribuant nettement à l'avancement du progrès scientifique.

Cette théorie constitue un apport immense qu'il reste encore à exploiter. Il incombe à la science d'en traduire les données dans son propre langage, notamment en termes de neurones et de molécules. Autrement dit, le temps est venu pour la science de prendre sérieusement en considération non seulement la technique de MT proprement dite, mais également la conception (vaste, ancienne et très impressionnante) de la structure de la conscience et de la physiologie humaines, telle qu'elle est interprétée et mise en lumière sous une forme moderne et cohérente par Maharishi. La technique de MT, jusqu'ici considérée par la science comme un fait isolé, n'est que la partie émergée de l'iceberg. A son fondement réside une conception du monde qui, bien que respectée pour son ancienneté, a cependant longtemps été jugée comme irrémédiablement métaphysique, et donc demeurant hors des possibilités d'investigation de la science. Mais la tendance de la science, dans ces quatre derniers siècles, n'a-t-elle pas été précisément de s'aventurer de plus en plus dans ces domaines considérés habituellement comme philosophiques ? L'expérimentation en laboratoire et la systématisation d'expériences répétables a constitué l'instrument essentiel de son expansion. Et voilà que l'expérience de cet état de conscience, auparavant considérée comme bizarre, est désormais accessible de manière à la fois directe et systématique et repose par ailleurs sur un état physiologique bien précis. Elle peut donc prendre la place qui lui revient, quitter le rang de curiosité ou d'expérience humaine exceptionnelle, et devenir la clé d'une compréhension théorique unique de la conscience humaine et de son développement.

Là encore, Maharishi a eu l'intelligence de formuler les bases théoriques qui servent de fondement au programme de MT avec clarté et précision et il a mis en lumière tout un versant longtemps caché de la connaissance traditionnelle, de manière à ce qu'elle devienne compréhensible aux scientifiques. Si sa description n'est pas tout à fait celle du langage technique d'aujourd'hui, elle est présentée au moins sous une forme telle que la relation peut être faite avec un minimum d'ambiguïté. Maharishi décrit (18) la technique de MT comme un processus de purification systématique du système nerveux, conduisant à une expérience de plus en plus claire d'un quatrième état de conscience (la conscience pure). Celle-ci permet ensuite d'accéder à un cinquième état de conscience dans lequel la conscience pure est maintenue en même temps que la veille, le rêve et le sommeil. Les descriptions détaillées de la nature des quatrième et cinquième états de conscience et des mécanismes par lesquels ils se développent, sont faites en rapport avec la subjectivité. Mais ces descriptions sont si claires et si dénuées d'ambiguïté que le scientifique qui les étudie peut aisément et immédiatement trouver des directions de recherche expérimentale dans son propre langage, que ce soit celui de la biochimie, de l'électrophysiologie ou de la psychologie. Au cours de ces quatre dernières années, beaucoup de scientifiques ont rencontré Maharishi dans ce seul but et l'ont trouvé très réceptif, voire même enthousiaste, à constater que les joyaux de son propre héritage traditionnel devenaient le centre de l'intérêt scientifique, pour le bénéfice de l'humanité (19).

L'élucidation de la notion d'illumination est certainement le résultat le plus important de cette collaboration originale des sciences modernes et anciennes. Pendant des siècles, ce terme n'a recouvert qu'un concept vague selon lequel, à maintes reprises dans l'histoire, auraient existé quelques individus qui témoignaient d'un niveau naturel d'adaptabilité, de stabilité, d'intégration, de purification et de croissance largement au-dessus de la moyenne. Ce sont ces personnes qui garantissaient la possibilité de vivre la vie à un niveau nettement supérieur à celui vécu par la plupart des gens. Il n'était encore jamais apparu aux scientifiques que la neurophysiologie de tels individus pouvait être mesurée et développée. Maharishi, faisant œuvre de précurseur, a défini et décrit clairement l' "état d'illumination", donnant des critères spécifiques à la fois de l'expérience subjective et des caractéristiques physiologiques. L'illumination correspond à ce que Maharishi appelle le cinquième état de conscience, c'est-à-dire un état où la pure conscience se trouve stabilisée et intégrée avec les états de veille, de rêve et de sommeil profond.

Alors que l'expérience des centaines de milliers de personnes qui pratiquent le programme de MT s'approfondit d'année en année, leurs témoignages corroborent de plus en plus ces hypothèses, annonçant l'avènement d'une nouvelle étape dans l'évolution de l'humanité. (Par exemple, une expérience particulière décrite de plus en plus fréquemment est celle de l'éveil de la conscience pendant le sommeil; cette expérience est également rapportée dans la littérature védique ancienne comme un signe de stabilisation de l'état de pure conscience.) On retrouve dans l'histoire et la littérature des différentes cultures, à diverses époques, la description de telles expériences faites par des personnes naturellement développées spirituellement. Mais elles n'ont jamais été aussi largement disponibles dans le public et n'ont guère fait l'objet de recherches scientifiques sérieuses. Cette évolution vers des réalisations plus élevées du potentiel humain peut être comprise selon des termes qui convergent harmonieusement avec la pensée de certains précurseurs en ce domaine : la description de l'état de pure conscience et de l'illumination faite par Maharishi s'accorde parfaitement au concept d'expérience de "pic et de plateau" ou expérience "paroxystique" de Maslow, et en est même l'aboutissement.

La prochaine étape de la recherche scientifique sur le programme de MT sera d'examiner les caractéristiques des états de conscience supérieurs chez une fraction plus large de la population. On pourra alors vérifier que les transformations engagées par ce programme tendent vers un but déterminé : la stabilisation d'un état du corps et de l'esprit qui représente l'optimum du développement de la santé mentale et physique. Cette transformation repose sur le processus de normalisation du système nerveux. Selon Maharishi, l'illumination est la condition de l'homme normal et il est anormal de n'utiliser qu'une partie du potentiel de son système nerveux.

Ces idées n'ont rien de fantaisiste. Elles ont en fait déjà été formulées par de nombreux scientifiques sérieux qui se sont rendu compte que leurs travaux ne se bornaient pas à l'étude d'une simple technique mais qu'ils les conduisaient à la découverte d'un processus plus global de croissance dont les étapes peuvent être bien définies. Pour comprendre correctement l'ensemble du phénomène, il leur fallait prêter une plus grande attention à la richesse d'informations théoriques que leur propose Maharishi. Il semble inévitable que la recherche sur le programme de MT s'intéresse de moins en moins à la vérification de la réalité et de l'efficacité de la technique pour se tourner progressivement vers la recherche d'un modèle de la pure conscience stabilisée. Cet état de conscience supérieur, développé par une "éducation" systématique du système nerveux, pourrait bien devenir le point central et le thème directeur de toutes les autres recherches scientifiques sur l'organisme humain, donnant lieu à un nouveau paradigme scientifique de la notion de développement de l'homme. Voilà ce que Maharishi apporte en réalité à la science. Cela apparaît en filigrane dans l'ensemble des études de ce premier ouvrage (20) et se dessinera certainement plus clairement à mesure que des études plus approfondies seront entreprises.

Le fait que le programme de Méditation Transcendantale ne soit pas seulement une technique simple et mécanique mais induise aussi l'avènement progressif d'un mode de fonctionnement entièrement nouveau a des implications pratiques des plus profondes pour ceux qui sont directement engagés dans cette recherche. Les quelques discussions théoriques sur la technique de MT qui sont rapportées dans la littérature scientifique, (21) présentent surtout l'aspect relaxation se situant à l'opposé de la réaction de "combat ou fuite". Cette idée est certes intéressante en tant que description physiologique partielle des premières étapes du développement produit par le programme de MT, mais elle ne donne qu'une vision appauvrie et limitée d'un processus que l'on doit plus justement considérer comme la stimulation fondamentale de la croissance humaine, et particulièrement comme l'activation des facultés les plus intégratrices de l'homme. Une fois que l'on a décidé d'accepter, même provisoirement, le concept d'un nouvel état de conscience, tous les résultats de la recherche actuelle apparaissent comme caractéristiques des premières étapes de ce développement et représentent les prémices de changements ultérieurs bien plus spectaculaires encore.

Selon la description qu'en fait Maharishi, l'état de conscience ultime auquel conduit la pratique du programme de MT est aussi différent de l'état de veille que celui-ci l'est de l'état de rêve. Il est alors aussi absurde de caractériser ce nouvel état par les résultats des premières semaines ou premiers mois de pratique du programme de MT qu'il le serait de considérer la période de somnolence du matin, juste après la sonnerie du réveil, pour illustrer l'état de veille dans toute sa variété et ses potentialités. Pour cette raison, ceux qui ont essayé de reproduire les effets de la technique de MT en inventant d'autres pratiques qui lui ressemblent dans certains de ses aspects superficiels (pratiques que l'on peut apprendre à partir d'un livre), ou qui ont insisté sur l'inacceptabilité de certains aspects de son enseignement (par exemple l'utilisation de mantras parce qu'ils représentent "un culte secret"), ou encore qui ont essayé d'"améliorer" une technologie intérieure qui a existé pendant des milliers d'années sous sa forme pleinement développée, toutes ces personnes se sont fourvoyées et ont laissé échapper un trésor réel qui se trouvait à leur portée. (23)

En intégrant la technique de Méditation Transcendantale et l'aspect théorique qui lui est sous-jacent dans leurs disciplines, les scientifiques sont confrontés à une situation tout à fait singulière. Il serait néanmoins malvenu de leur part et stérile d'adopter une attitude méprisante envers cette connaissance et la source dont elle émane. Ceci ne veut pas dire qu'il faille abandonner l'analyse critique et sceptique qui constitue la principale garantie du progrès scientifique. Mais elle ne devrait pas empêcher les chercheurs les meilleurs et les plus créatifs de cette génération d'y reconnaître un trésor inestimable d'informations sur le système nerveux humain, connaissances qui peuvent être aisément intégrées dans les principaux courants de la recherche actuelle. Par exemple, ces dernières années, la recherche sur le cerveau a révélé que la créativité est associée à un haut niveau d'intégration du fonctionnement des deux hémisphères cérébraux. Plusieurs études montrent un accroissement de la cohérence dans le fonctionnement relatif des deux hémisphères pendant la pratique de la technique de MT. Par ailleurs, d'autres études montrent que les méditants font preuve d'une bien plus grande créativité. Ces résultats sont un exemple de la fusion historique entre les données de la neurophysiologie de pointe et une expérience décrite par Maharishi comme "le contact avec la source de l'intelligence créatrice dans l'esprit". On imagine très bien les progrès futurs, les brillantes découvertes qui attendent les chercheurs capables d'utiliser simultanément les outils de la neurophysiologie et cette connaissance ancienne et remarquablement féconde de l'esprit et du corps humains ; connaissance présentée de façon claire, précise et moderne par Maharishi. (24)

 

LA SCIENCE DE LA CONSCIENCE ET L'AVENIR DE LA SCIENCE

L'intégration de la science de la conscience au sein des sciences modernes a une autre incidence des plus fondamentales : la science de la conscience fournit la base holistique que les sciences recherchent depuis fort longtemps. Elle est par excellence le noyau commun, le lieu de convergence, de toutes les branches du savoir objectif, de la physiologie et de la psychologie bien sûr, mais également des sciences dites physiques. Dans toutes les disciplines scientifiques on recherche de plus en plus ce noyau de connaissance, c'est-à-dire une théorie unifiée qui soit transposable dans tous les domaines spécifiques d'étude des lois naturelles. Une telle théorie a désormais toutes les chances d'être construite, faisant aboutir un cycle du savoir - amorcé dans notre culture il y a quelques milliers d'années.

Pour illustrer la direction que prend cette unification des différents courants de pensée, on peut noter que Maharishi s'est personnellement intéressé à étudier la relation existant entre la méditation et la physique. Il a notamment tiré un ensemble de parallèles remarquables entre la conception de l'univers décrite par la théorie du champ quantique et sa propre description de la structure fondamentale de la vie subjective fondée sur la cosmogonie védique. La théorie du champ quantique démontre que les particules de matière sont des excitations ou des fluctuations d'un champ abstrait sous-jacent ; Maharishi explique que, dans le domaine mental, "les pensées sont des excitations de la conscience". Dans la théorie quantique, il existe un état de moindre excitation de la matière, un état fondamental appelé "état de vide" du champ, qui est illimité dans l'espace et parfaitement stable dans le temps, un état d'entropie nulle et d'ordre parfait. Les termes "moindre excitation", "illimité" et "ordre parfait", peuvent également être utilisés pour décrire l'état de pure conscience, analogue à l'état de vide quantique. Ces concepts occupent des positions correspondantes dans ces deux visions du monde. Dans la physique quantique, l'état de vide ne contient aucune matière et aucune lumière réelles. Il contient cependant (en raison du principe d'incertitude) toute matière et toute lumière possibles, sous forme de ce que l'on appelle des "particules virtuelles" ou "fluctuations de point zéro". De façon similaire, l'état de pure conscience est un domaine de toutes possibilités, un état de pure potentialité, en ce sens qu'il est vide mais animé. L'expérience de cet état développe la pensée créatrice. Bien qu'il soit totalement silencieux, il est expérimenté comme la "source de la créativité". Enfin, les théorèmes fondamentaux de la théorie du champ quantique nous enseignent que la connaissance détaillée de l'état de vide et de ses fluctuations non manifestées permet de déduire mathématiquement les propriétés de tous les états excités possibles, y compris toutes les formes les plus complexes de la matière en interaction. La connaissance du vide est donc réellement la connaissance du monde dans sa totalité. Ce résultat remarquable, émanant de la théorie scientifique la plus solide, la plus féconde et la mieux établie que nous possédions, prend toute sa valeur quand nous le confrontons aux dires de Maharishi : "La pure conscience est le domaine de toute connaissance, la demeure de toutes les lois de la nature ; en faire l'expérience c'est gagner spontanément le soutien de la nature dans chacune de nos pensées et de nos actions, et c'est nous ouvrir au domaine de toutes possibilités."

L'image de la nature que nous présente Maharishi n'est pas plus (ni moins) "métaphysique" que celle de la physique moderne. Après tout, notre adhésion à certaines idées abstraites vient du fait qu'elles réussissent à expliquer de façon pertinente et convaincante les phénomènes observés, et qu'elles portent des fruits. Sur la base de ces critères, la description de l'esprit et de sa nature faite par Maharishi mérite de devenir le centre d'intérêt de la prochaine étape de la recherche scientifique. Le temps n'est peut-être pas si éloigné où l'on reconnaîtra qu'à travers des méthodes différentes, la physique des particules élémentaires et la science de la conscience ont suivi des chemins parallèles pour atteindre la même réalité. Cette reconnaissance confirmera la prévision de Maharishi selon laquelle le nouvel âge sera celui de l'illumination.

C'est sur ces perspectives pour le moins fascinantes que nous terminerons notre propos. Les qualités uniques de Maharishi ont permis de transformer la conception vague que l'humanité a de l'illumination en une réalité pratique de plus en plus assurée. Maharishi est à la fois un homme moderne et un sage ancien, un innovateur scientifique et un représentant vivant de la tradition spirituelle la plus pure et la plus élevée, en quête de la vérité et de l'unité. La science lui doit beaucoup, car il a permis un progrès sans précédent sur le chemin de l'unification entre les deux sentiers classiques de la connaissance humaine : la démarche vers l'intérieur et celle vers l'extérieur.

 

 

NOTES

(1) "Scientific Research on the Transcendental Meditation Programm - Collected Papers - Volume I", éd. David Orme-Johnson et John T. Farrow, MERU PRESS, R.F.A., 1976.

(2) L'auteur doit beaucoup à Maharishi Mahesh Yogi pour les nombreuses et fructueuses conversations qu'il a pu avoir avec lui sur la nature et l'origine de la technique de Méditation Transcendantale.

(3) "Collected Papers", op. cit.

(4) Le lecteur scientifique désire certainement connaître ce que nous entendons par "expansion de conscience", "pure conscience" et "pure conscience stabilisée", termes qui semblent vagues ou métaphysiques. En fait, pour la première fois dans l'histoire, Maharishi a donné des définitions précises de ces termes qui se réfèrent à des expériences tout à fait claires et fiables. Pour Maharishi, ce sont de simples termes techniques, de même que les mots ordinaires "ensemble" ou "fonction" deviennent techniques pour les mathématiciens qui leur donnent une définition et un sens bien précis. La pure conscience est un état dans lequel l'activité de pensée cesse bien que la conscience de soi reste présente. C'est parce qu'elle est invariablement accompagnée d'un sentiment d'extension de soi et d'illimité temporel et spatial que cette expérience est qualifiée d'"expansion de conscience". Le terme "pure conscience stabilisée" signifie la capacité de maintenir l'état de pure conscience pendant de longues périodes au cours de la méditation, puis de le maintenir en même temps qu'une activité mentale de pensée, pendant la méditation et en dehors de la méditation. Cet état semble paradoxal, mais la nature elle-même se comporte ainsi à un niveau fondamental. Les systèmes physiques hautement ordonnés, tels les superfluides, les supraconducteurs, ou les métaux ferromagnétiques, maintiennent un état fondamental très stable et cohérent, sur lequel vient se superposer une organisation secondaire d'excitations localisées. La physique quantique nomme "modèle à deux fluides" cette configuration qui n'est pas sans rappeler la description des systèmes nerveux évolués que donne Maharishi.

(5) Maharishi Mahesh Yogi. Conférence donnée à Shankaracharya Nagar, Himalayas, 1960.

(6) Maharishi Mahesh Yogi. "La Bhagavad Gita", nouvelle version commentée, chap. 1 à 6, Ed. de l'Age de l'Illumination, Paris, 1982.

(7) Le travail actuel de Maharishi est centré sur le "Rig Véda", un texte très ancien, beaucoup plus difficile et plus condensé que la Bhagavad Gita. Bien que rien n'ait encore été publié sur ce thème, la découverte fondamentale de Maharishi concerne la structure et la symétrie internes des hymnes védiques, notamment la forme emboîtée des expressions qui sont comme "des graines à l'intérieur de la graine". Maharishi a montré que le Rig Véda contient une description particulièrement riche des lois de la nature qui gouvernent la création et l'évolution de l'univers. Le Veda, bien qu'il soit exprimé sous une forme tout à fait inhabituelle pour la science, n'est pas un recueil de prières primitives et inintelligibles comme certains exégètes ont eu tendance à le faire croire. La clé du Veda se trouve dans la compréhension correcte de la technique de Méditation Transcendantale et de l'état de pure conscience, fondement de son contenu. Maharishi a décrit le Rig Véda comme un manuel d'instruction du fonctionnement du système nerveux humain, ouvrant d'immenses possibilités insoupçonnées d'exploration. Nous citons ce travail ici parce qu'il démontre que la technique de MT est une découverte scientifique au vrai sens du terme, étant la clé de la compréhension et de l'organisation d'un grand nombre de données demeurées jusque-là obscures.

(8) Il est intéressant de noter que, dans ces deux cas, la technique qui permet de produire un nouvel état consiste simplement à diminuer la température jusqu'à son minimum. Dans le cas du supraconducteur, la température requise est celle qui s'approche du zéro absolu. Avec la technique de MT, c'est la "température mentale" qui est réduite.

(N.d.T. : température est ici synonyme d'activité.)

(9) On demande aux utilisateurs de drogues non prescrites d'en arrêter l'usage quinze jours avant l'apprentissage de la technique. Cette exigence, tirée de l'expérience acquise dans les années soixante, est d'ordre purement physiologique et est destinée à permettre une expérience plus claire de la transcendance.

(10) Il existe des centres de Méditation Transcendantale dans la plupart des grandes villes, partout dans le monde.

(11) Précisons ici, pour écarter toute ambiguïté que la technique de Méditation Transcendantale, bien qu'enseignée de façon systématique et uniforme, n'est aucunement normative. La rigueur de sa technicité permet au contraire de faire rapidement et systématiquement une expérience personnelle, donc originale, des niveaux plus profonds de son être propre et d'interpréter ensuite l'expérience suivant ses propres références. (N.d.T.)

(12) L'ouvrage "Collected Papers'' (op. cit., note 1), contient peu d'études comparatives sur la technique de Méditation Transcendantale et les autres pratiques de "méditation" : concentration, yoga, training autogène, hypnose, psychothérapies diverses, etc. Cette lacune est due en grande partie au fait que les sources valables et normalisées de ces autres méthodes sont difficiles à identifier. Par contre, la technique de MT est facilement accessible à la recherche scientifique.

(13) Robert K. Wallace : "The Physiological Effects of Transcendental Meditation", Science 167, 1970, p. 1751-1754.

(14) Robert K. Wallace, Herbert Benson et Archie F. Wilson: "A Wakeful Hypometabolic Physiologic State", American Journal of Physiology, 221, 1971, p. 795-799.

(15) Robert K. Wallace, Herbert Benson : "The Physiology of Meditation", Scientific American, 226, 1972, p. 84-90.

(16) Maharishi Mahesh Yogi, "Cours de Science de l'Intelligence Créatrice : connaissance et expérience", bande vidéo enregistrée à Seelisberg, Suisse, Maharishi International University, 1972.

(17) Ibid.

(18) Ibid.

(19) Le développement de cette activité fut l'une des premières motivations de la création de l'Université Européenne de Recherche Maharishi - Maharishi European Research University (MERU), en avril 1975, à Weggis, sur les bords du lac Lucerne en Suisse.

(20) "Collected Papers", op. cit.

(21) Robert K. Wallace, Herbert Benson et Archie F. Wilson: "A Wakeful Hypometabolic Physiologic State", op. cit.

(22) Maharishi Mahesh Yogi : "Cours de Science de l'Intelligence Créatrice : connaissance et expérience'', op. cit.

(23) Un autre point qui mérite d'être considéré par ceux qui désirent modifier la technique de MT est celui de la sécurité. L'ouvrage "Collected Papers" démontre que les effets du programme de MT sont aussi prononcés que ceux de bien des médicaments. L'innocuité du programme de MT a été clairement démontrée. Quels peuvent être à long terme les effets d'une pratique similaire modifiée ? L'expérimentation sur des sujets humains de médicaments mal connus n'est pas licite ; il est aussi irresponsable d'envisager de tels essais de modification dans le cas de la MT.

(24) On doit également mentionner que, outre la technique de base, le programme de MT, tel qu'il est enseigné par Maharishi, inclut un certain nombre d'autres techniques auxiliaires qui se greffent en temps voulu au programme individuel et sont destinées à en améliorer l'expérience. Certaines de ces techniques sont dérivées de la technique de MT elle-même, d'autres ont un caractère quelque peu différent. L'ensemble des techniques enseignées par Maharishi constitue une connaissance profonde de la constitution humaine dans toute sa délicatesse, sa puissance et sa richesse globale. Elles offrent à la science un défi majeur et une opportunité unique d'évolution.